Rapport sur les financements publics à l’élevage d’insectes

Ce rapport, co-écrit entre l’ObSAF et l’ONEI (Observatoire national de l’élevage d’insectes), vise à mettre en lumière les financements publics à l’élevage d’insectes en France. Il révèle un choix politique massif, fait très en amont, en faveur d’une filière présentée comme stratégique alors même que sa viabilité économique et ses bénéfices environnementaux n’étaient pas établis.

Au moins 284 millions d’euros d’argent public ont été investis dans les principales entreprises françaises d’élevage d’insectes au cours de la dernière décennie. Rapporté à la production effective de la filière, cela représente environ 20 euros d’aide publique par kilogramme de farine d’insectes produite, soit cinq fois le prix de vente de cette farine sur un marché qui peine lui-même à trouver des acheteurs.

Nous demandons un moratoire sur tout nouveau financement public accordé à la filière de l’élevage d’insectes en France.

Dans un contexte de restrictions budgétaires où chaque euro public compte, il n’est pas acceptable de continuer à financer une filière dont la viabilité économique et les bénéfices environnementaux ne sont pas démontrés. Les ressources que l’État peut consacrer à la transition alimentaire sont limitées. Elles doivent être dirigées vers les solutions dont l’efficacité est la mieux établie, pas vers des paris industriels dont les promesses n’ont pas résisté à l’épreuve des faits.

Cette pétition est portée par deux organisations indépendantes, l’ObSAF et l’ONEI.

Pétition : pour un moratoire sur les financements publics à l’élevage d’insectes en France

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284 millions d’euros d’argent public, et après ?

Au cours de la dernière décennie, au moins 284 millions d’euros d’argent public ont été investis dans les principales entreprises françaises d’élevage d’insectes. Ce chiffre est issu d’une enquête de l’Observatoire des Subventions et Aides Agricoles en France (ObSAF) et de l’Observatoire National de l’Élevage d’Insectes (ONEI) publiée le 22 avril 2026. Le rapport complet est consultable sur nos sites : obsaf.fr | onei-insectes.org.

Rapporté à la production réelle de la filière, cela représente environ 20 euros d’aide publique par kilogramme de farine d’insectes produite. La farine d’insectes se vendant entre 3 et 5 euros le kilo, les contribuables ont donc financé chaque kilo produit à hauteur de cinq fois son prix de vente, sur un marché qui peine lui-même à trouver des acheteurs. Pour donner un ordre de grandeur, 284 millions d’euros, c’est près de 2,5 fois le plan protéines végétales de France Relance (120 millions d’euros), qui vise le doublement des surfaces de légumineuses d’ici 2030. C’est aussi l’équivalent de 33 années du Fonds Avenir Bio à son budget 2025 (8,7 millions d’euros par an), un fonds récemment amputé de moitié faute de moyens.

Un secteur en échec

Les promesses du secteur de l’élevage d’insectes n’ont pas tenu. Le leader mondial du secteur, Ynsect, a été placé en liquidation judiciaire en décembre 2025, après avoir levé plus de 600 millions d’euros. Agronutris, autre acteur majeur, a vu son siège toulousain fermer la même année. Innovafeed, la deuxième plus grande entreprise française du secteur, affichait en 2024 un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros pour 35 millions de pertes.

Le phénomène dépasse la France. À l’échelle mondiale, les investissements cumulés dans la filière s’élèvent à environ 2 milliards de dollars. Au moins 36 % de cette somme a été dirigée vers des entreprises aujourd’hui en cessation d’activité ou en restructuration.

Des bénéfices environnementaux contestés

L’argument écologique est au cœur du discours qui a justifié le soutien au secteur de l’élevage d’insectes. Mais les données scientifiques les plus récentes nuancent fortement les promesses qui ont été faites initialement.

Selon une analyse de cycle de vie commanditée par le ministère de l’Environnement britannique et publiée en 2025, la farine d’insectes émet jusqu’à 13,5 fois plus de gaz à effet de serre que la farine de soja.

Le constat est le même pour l’alimentation des animaux de compagnie. Les croquettes et pâtées conventionnelles reposent en grande partie sur des sous-produits d’abattoirs (abats, restes de découpe, os). Comparées à ces ingrédients, les protéines d’insectes émettent en moyenne 2 à 10 fois plus de gaz à effet de serre.

Enfin, contrairement aux promesses selon lesquelles les insectes constitueront la \"nourriture du futur”, le marché pour l’alimentation humaine reste très marginal en raison de la faible appétence des consommateurs. Surtout, la comparaison avec le bœuf, omniprésente dans la communication du secteur, ne correspond pas à la réalité du marché. 90 % des produits à base d’insectes destinés à l’alimentation (barres, snacks, pâtes) ne remplacent pas de la viande mais des ingrédients d’origine végétale, dont l’empreinte carbone est inférieure à celle des insectes. L’incorporation d’insectes dans ces produits aggrave donc leur impact environnemental au lieu de le réduire.

Ce que nous demandons

Nous demandons un moratoire sur tout nouveau financement public accordé à la filière de l’élevage d’insectes en France.

Dans un contexte de restrictions budgétaires où chaque euro public compte, il n’est pas acceptable de continuer à financer une filière dont la viabilité économique et les bénéfices environnementaux ne sont pas démontrés. Les ressources que l’État peut consacrer à la transition alimentaire sont limitées. Elles doivent être dirigées vers les solutions dont l’efficacité est la mieux établie, pas vers des paris industriels dont les promesses n’ont pas résisté à l’épreuve des faits.

Qui sommes-nous ?

Cette pétition est portée par deux organisations indépendantes.

L’Observatoire des Subventions et Aides Agricoles en France (ObSAF) documente les financements publics dans le secteur agricole et les choix politiques qui structurent les filières. Son objectif est d’apporter un regard critique sur les subventions et aides agricoles, afin d’en analyser les effets sur les systèmes alimentaires et contribuer à l’orientation des politiques publiques. Ses travaux visent à rendre ces informations accessibles aux citoyens et à nourrir le débat démocratique.

L’Observatoire National de l’Élevage d’Insectes (ONEI) est la première organisation indépendante en France dédiée à l’information sur l’élevage d’insectes. Ses membres ont publié plusieurs études dans des revues scientifiques internationales à comité de lecture sur les enjeux économiques et environnementaux du secteur. L’ONEI est régulièrement sollicité par les médias (Les Échos, Libération, BFM Business, The Guardian, France Inter, RTL, Reporterre) pour son expertise sur le sujet.

276 signatures

Un secteur en échec économique

En France, Ÿnsect est en liquidation judiciaire. Agronutris est en grande difficulté. Innovafeed affichait 5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, pour 35 millions de pertes.

Le marché de l’alimentation animale s’est peu développé. La farine d’insectes reste deux à quatre fois plus chère que la farine de poisson et jusqu’à neuf fois plus chère que la farine de soja. Celui de l’alimentation humaine est resté anecdotique : seuls 2 Français sur 10 se disent curieux de tester des produits à base d’insectes.

Le repositionnement vers l’alimentation des animaux de compagnie constitue un repli considérable par rapport aux ambitions initiales, sur un marché de niche qui ne pourra pas accueillir plusieurs grands acteurs.

L'industrie de l'élevage d'insectes est en train de s'effondrer

Les investisseurs et les gouvernements ont injecté environ 2 milliards de dollars dans des start-ups spécialisées dans l’élevage d’insectes. Près de la moitié de cet argent a été investie dans des entreprises qui ont depuis fermé (les entreprises en vert et blanc ont cessé leur activité et celles en orange et gris sont encore en activité).

Des bénéfices environnementaux non démontrés

Selon une analyse de cycle de vie commanditée par le ministère de l’Environnement britannique, la farine d’insectes émet jusqu’à 13,5 fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que le soja. Contrairement au discours de la filière, l’industrie utilise très peu de véritables déchets alimentaires et s’appuie sur des coproduits agricoles déjà valorisés.

Dans le segment de l’alimentation des animaux de compagnie, les protéines d’insectes émettent 2 à 10 fois plus de gaz à effet de serre que les produits conventionnels qu’elles remplacent.

Pour l’alimentation humaine, la comparaison avec le bœuf, omniprésente dans la communication du secteur, ne reflète pas la réalité du marché : 90% des produits à base d’insectes (barres, snacks, pâtes) ne remplacent pas de la viande mais des ingrédients d’origine végétale.

Or ces ingrédients ont une empreinte carbone inférieure à celle des insectes, ce qui signifie que l’incorporation d’insectes dans ces produits accroît leur impact environnemental au lieu de le réduire.

Ces montants traduisent un choix politique fort en faveur d’une filière soutenue comme un secteur stratégique dès ses débuts, avant même que sa viabilité économique soit établie et alors que les travaux scientifiques les plus récents remettent en cause les bénéfices environnementaux invoqués pour justifier ce soutien.

NOS RECOMMANDATIONS

Face à ces constats, l’ObSAF et l’ONEI recommandent une refonte profonde des modes d’attribution des aides publiques autour de quatre axes : la réévaluation et la réorientation des aides et subventions publiques ainsi que l’amélioration de la transparence et l’examen des processus de décision ayant conduit à ces financements.

Réévaluer les aides et subventions publiques

Tant que des analyses de cycle de vie indépendantes, réalisées en conditions industrielles réelles et non sur la base de scénarios théoriques, ne démontrent pas que l’élevage d’insectes présente un bénéfice environnemental net par rapport aux alternatives existantes, et tant que ses implications éthiques, sanitaires et sociales restent insuffisamment prises en compte, nos associations demandent que le soutien public à cette filière soit suspendu.

Réorienter les aides et subventions publiques pour plus de cohérence avec les stratégies européennes et nationales

Les données scientifiques actuelles montrent que les protéines végétales, déjà disponibles à grande échelle et à faible coût, offrent des bénéfices environnementaux nettement supérieurs à ceux des insectes. D’autres pistes comme les mycoprotéines et les protéines issues de la fermentation de précision présentent également des perspectives prometteuses. L’ObSAF et l’ONEI demandent que les ressources publiques consacrées à la transition alimentaire (recherche et soutien aux entreprises) soient redirigées vers ces solutions dont l’efficacité environnementale est mieux établie par la recherche.

Améliorer la transparence des aides et subventions accordées à la filière

Nous demandons la publication d’un bilan consolidé et détaillé de l’ensemble des financements publics accordés à la filière de l’élevage d’insectes en France, incluant les montants investis par BpiFrance, dont une partie significative reste opaque. Ce bilan devrait être accessible à tout citoyen sans nécessiter un travail de recoupement entre des dizaines de sources disparates.

Examiner les processus de décision ayant conduit à ces financements

Les mécanismes d’évaluation et de décision qui ont conduit à investir des centaines de millions d’euros dans une filière dont plusieurs limites étaient déjà identifiées dans la littérature scientifique doivent faire l’objet d’un examen public. Nous demandons qu’un retour d’expérience transparent soit mené sur les processus ayant conduit à ces choix de financement, afin d’en tirer des enseignements pour l’avenir et d’éviter que des erreurs comparables ne se reproduisent dans d’autres secteurs émergents.

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L’ONEI est la première organisation indépendante en France dédiée à l’information sur l’élevage d’insectes ; ses membres ont publié plusieurs études dans des revues scientifiques internationales à comité de lecture portant sur les enjeux économiques et environnementaux du secteur.

L’ObSAF documente les financements publics dans le secteur agricole et les choix politiques qui structurent les filières. Son objectif est d’apporter un regard critique sur les subventions et aides agricoles, afin d’en analyser les effets sur les systèmes alimentaires et contribuer à l’orientation des politiques publiques.

Les tensions récentes dans le monde agricole marquées par des mobilisations d’ampleur en France et en Europe, mettent au premier plan la question du partage et de l’usage des soutiens publics. L’étude de cette filière permet à l’ObSAF d’interroger les logiques d’allocation des ressources publiques et les modèles alimentaires qu’elles soutiennent. Nous sommes une association indépendante, et avons besoin de votre soutien pour pouvoir continuer de produire des rapports qualitatifs sur les subventions agricoles.