Subventions européennes : le rapport de Foodrise dénonce les incohérences budgétaires et exige une refonte urgente de la PAC

L’Union européenne se trouve actuellement à un tournant décisif alors qu’elle prépare la Politique Agricole Commune (PAC) pour la période 2028-2034. Le rapport « la PAC à la croisée des chemins », publié par l’organisation Foodrise en février 2026, révèle que l’UE injecte des milliards d’euros dans les industries de la viande et des produits laitiers d’origine animale, associées à des systèmes agricoles particulièrement intensifs et émetteurs de gaz à effet de serre. Cette orientation se fait au détriment des productions végétales et des engagements pris en faveur de la transition agroécologique.

Un déséquilibre budgétaire massif

En 2020, les 39 milliards d’euros de subventions PAC alloués aux aliments d’origine animale représentent 23% du budget total de l’UE et 77% des fonds PAC, soit 3 fois plus que les produits végétaux.

L’ampleur du déséquilibre budgétaire est alarmant : 

  • Viande et produits laitiers d’origine animale : plus de 10 fois plus de subventions de la PAC que la production de fruits et légumes, et plus de 16 fois plus que la production céréalière ;
  • Bœuf et agneau : 580 fois plus de subventions que les légumineuses, autres sources de protéines ;
  • Porc : 240 fois plus que les légumineuses ;
  • Produits laitiers d’origine animale : 554 fois plus que les noix et graines, autres sources de calcium.

Le coût environnemental et sanitaire du statu quo

Le rapport souligne que ce modèle de subventionnement alimente directement la crise climatique. Les aliments d’origine animale sont responsables de 81 à 86 % des émissions de gaz à effet de serre issues de la production alimentaire de l’UE, tout en ne fournissant que 32 % des calories consommées.

Sur le plan de la santé, les maladies liées à la consommation de ces produits ont coûté environ 452 milliards d’euros à l’UE en 2022. À l’inverse, l’adoption du « Planetary Health Diet » (un régime riche en végétaux) pourrait prévenir entre 19 % et 63 % des décès en Europe.

Un système de subventions qui renforce les déséquilibres

Actuellement, l’attribution d’aides est basée sur la surface exploitée, ce qui encourage très fortement l’exploitation animale et l’industrialisation. Comme le révèle le rapport, « la plupart des subventions de la PAC au cours des dernières décennies ont été attribuées principalement sur la base de la superficie » (page 13 du rapport).

Or, l’élevage occupe environ 71 % des terres agricoles de l’UE, ce qui favorise mécaniquement l’exploitation des animaux et les grand·es exploitant·es. En effet, ce système crée une concentration des aides et une inégalité massive : en 2017, 82 % des paiements directs de la PAC ont été versés à seulement 20 % des agriculteurs et agricultrices.

Une opportunité économique pour les agriculteurs et agricultrices

Dans le système de subventions actuel, les éleveurs et éleveuses sont extrêmement dépendant·es aux aides de la PAC. Foodrise met en lumière qu’ « en 2020, les subventions agricoles de l’UE représentaient environ 96 % des revenus des producteurs et productrices européen·nes de bœuf et d’agneau, 71 % pour les produits laitiers d’origine animale, 54 % pour le porc, 50 % pour la viande de volaille et 51 % pour les œufs. Ce niveau de dépendance signifie que les subventions de l’UE encouragent actuellement la surproduction de viande et de produits laitiers d’origine animale, en rendant la production de ces aliments plus viable économiquement. » (page 21).

L’adoption de régimes alimentaires sains et durables représente une opportunité majeure. Le rapport estime que si les Européen·nes adoptaient le « Planetary Health Diet », les revenus agricoles dans l’UE augmenteraient en moyenne de 36,2 % d’ici 2050. De plus, le secteur des protéines alternatives pourrait ajouter 111 milliards d’euros par an à l’économie de l’UE et soutenir 414 000 emplois de haute qualité d’ici 2040.

L'influence des lobbies contre la transition

Le rapport dénonce l’emprise des grands groupes agro-industriels, tels que JBS ou Nestlé, qui cherchent à maintenir ce système. Les industries de la viande et du lait d’origine animale ont dépensé environ 15 millions d’euros en lobbying auprès de l’UE entre 2014 et 2020 pour bloquer les politiques environnementales et préserver leurs subventions. Ces pressions ont notamment mené à l’affaiblissement des objectifs de réduction des émissions agricoles et à la suppression de références aux régimes végétaux dans certains plans de lutte contre le cancer.

La promotion des produits d’origine animale

Alors même que la Banque mondiale (2024), le Group of Chief Scientific Advisors (2023) et la Commission EAT‑Lancet (2025) recommandent de réduire les subventions à la viande et aux produits laitiers d’origine animale au profit de régimes plus sains et durables, l’UE a dépensé 252,4 millions d’euros entre 2016 et 2020 pour promouvoir ces mêmes produits face à la baisse de leur consommation.

Des réformes pour une PAC plus juste, durable et résiliente

L’ObSAF soutient les recommandations de Foodrise pour sortir de cette impasse :

  • Mettre fin immédiatement à l’utilisation des fonds européens pour la promotion et le marketing de la viande et des produits laitiers d’origine animale.
  • Créer un Fonds pour une Transition Juste agroalimentaire (AJTF) pour soutenir les éleveurs et éleveuses souhaitant se diversifier vers le végétal ou réduire leur cheptel.
  • Lancer un Plan d’action européen pour les aliments végétaux, en s’inspirant du modèle pionnier du Danemark.
  • Réformer les recommandations nutritionnelles nationales pour les aligner sur le « Planetary Health Diet ».

En conclusion, le rapport affirme que l’UE a une occasion unique de réorienter ses milliards d’euros pour garantir la sécurité alimentaire et l’atténuation du dérèglement climatique, plutôt que de continuer à gaspiller des fonds pour soutenir un système défaillant.

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